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INTERNATIONALE
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Pendant que Niamey se berce et targue de « souveraineté retrouvée » qui coule dans ses veines comme une douce anesthésie, multiplie les discours martiaux, dans l’immensité du nord et de l’est nigérien, un front insidieux s’ouvre pour les putschistes , confrontés à leurs démons intérieurs : l’insurrection armée contre la junte du général Abdourahamane Tiani semble décidée à étendre son rayon d’action.

Ce samedi 15 août 2026, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice (MPLJ), mouvement rebelle hostile au régime militaire de Niamey, dirigé par Moussa Kounaï, a attaqué, selon nos informations, les postes militaire et douanier de Siguidime, appelée Sǝggǝdǝm , en touareg, dans l’extrême nord-est du Niger.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucun bilan humain ou matériel fiable n’est encore disponible. Il serait donc hasardeux d’avancer un nombre de morts, de blessés ou de disparus.

En revanche, des images attribuées aux combattants du MPLJ , les montrant circuler dans la localité , sont diffusées. Leur présence à Siguidime , après l’attaque perpétrée, constitue, en elle-même, un élément à prendre au sérieux. Ce qui ne permet pas encore de déterminer le temps que les assaillants ont passé sur place, ni d’être situé sur les positions attaquées , encore moins de savoir , si celles-ci ont été occupées durablement. Enfin, on ignore si les combattants se sont ensuite repliés.

Siguidime : une attaque au milieu de nulle part qui n’a rien d’anecdotique

Sur une carte, Siguidime pourrait apparaître comme un point insignifiant, perdu dans l’immensité saharienne.

Une apparence trompeuse, une erreur d’appréciation à ne surtout pas commettre.

Siguidime est une petite oasis, localité située dans la région d’Agadez, département de Bilma, commune de Djado, dans cette gigantesque bande désertique qui relie indirectement le nord-est du Niger aux espaces frontaliers du Tchad et de la Libye.

Dans cette partie du Sahara, les distances immenses, la faiblesse de la présence administrative, les pistes désertiques et la connaissance indispensable du terrain donnent aux groupes mobiles un avantage considérable.

Attaquer Siguidime ne signifie donc pas nécessairement vouloir conquérir une petite oasis.

Le but est tout autre : démontrer que l’on peut circuler, frapper et disparaître dans une région où l’État prétend pourtant exercer sa souveraineté.

Et c’est précisément là que cette attaque devient politiquement embarrassante pour la junte.

Le MPLJ, créé en 2024, après une scission au sein du Front patriotique de libération (FPL), s’est imposé , ces derniers mois , comme l’un des principaux acteurs armés hostiles à la junte du général Abdourahamane Tiani. Son chef, Moussa Kounaï, issu des communautés touboues de l’est et du nord-est, a multiplié les opérations de sabotage contre l’oléoduc Agadem–Sèmè-Kpodji et les sites pétroliers, affirmant que « détruire le pipeline, c’est détruire Tiani ». Le groupe exige la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum et le retour à l’ordre constitutionnel. Il opère dans un espace transfrontalier où se croisent Niger, Tchad et Libye, bénéficiant de zones de repli et d’un ancrage local dans les communautés pastorales.

Le mystérieux dossier tchadien

Il y a quelques semaines, un média tchadien avait signalé la présence d’éléments du MPLJ dans la localité tchadienne de Zouar, dans le nord du Tchad.

Plus grave encore, cette même source accusait le pouvoir du président Mahamat Idriss Déby Itno, dit Mahamat Kaka, de soutenir discrètement le mouvement de Moussa Kounaï afin de déstabiliser le régime du général Tiani.

L’attaque de ce samedi 15 août 2026, intervient alors que plusieurs mouvements opposés à la junte – FPL, MPLJ, FPJ et d’autres – ont tenté de se coordonner au sein de coalitions plus larges. La libération récente de figures comme Mahmoud Sallah avait déjà été interprétée comme un signal de reprise d’activités dans le nord-est. Le Kawar, longtemps périphérique, redevient ainsi un théâtre d’affrontements où se mêlent revendications politiques, contrôle des ressources et rivalités transfrontalières.

Une mauvaise nouvelle supplémentaire pour Niamey

L’éteau se reserre, de plus en plus, autour du général Tiani qui ne sait plus où donner de la tête, sollicité sur plusieurs fronts.

Le Niger doit déjà consacrer une partie considérable de ses moyens militaires à la lutte contre les groupes djihadistes, particulièrement dans l’ouest du pays.

Et voilà que, très loin de Tillabéri, de Téra ou de la zone des trois frontières, une menace d’une nature complètement différente apparaît dans les vastes étendues du nord et de l’est.

Il ne faut surtout pas confondre les phénomènes.

Le MPLJ n’est pas l’EIGS.

Le MPLJ, est une rébellion politico-militaire nigérienne hostile au pouvoir de Niamey, avec ses propres objectifs, son propre discours et sa propre logique opérationnelle.

Pour l’armée nigérienne, la conséquence est de se retrouver saturée : chaque nouveau foyer d’insécurité oblige à disperser davantage des moyens humains, matériels et logistiques qui ne sont pas illimités.

Protéger Tillabéri.

Surveiller Diffa.

Sécuriser les infrastructures pétrolières d’Agadem.

Protéger l’oléoduc.

Contrôler Agadez.

Maintenir des positions jusque dans les dédales de Bilma et du Djado.

Et désormais surveiller davantage les corridors sahariens vers le Tchad et la Libye.

Voilà le tableau complexe, enjambant les interminables discours de souveraineté , perçus comme une myriade de poncifs érigés contre des réalités cruelles.

La vérité est que le territoire échappe à l’autorité de l’Etat, sans cesse bafouée et ébranlée. Et ce n’est sans doute avec des logorrhées inutiles et des slogans anachroniques que la sécurité sera rétablie et l’intégrité du territoire sauvegardée.

La souveraineté est avant tout la capacité d’un Etat à assurer la sécurité des biens et des personnes. Ce n’est pas une incantation ni un frémissement émotionnel.

Elle se mesure à la capacité à contrôler son territoire, protéger ses populations, tenir ses frontières et empêcher des groupes armés de venir attaquer ses positions.
Cette souveraineté-là est loin d’être acquise. Elle semble même utopique.
Après les folles illusions, la désillusion fatale.

Samir Moussa

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