Le Gouvernement du Sénégal vient d’annoncer un ajustement des prix des carburants à compter de ce samedi 15 août 2026. Ainsi, le Supercarburant sera vendu à 990 FCFA le litre, soit 70 F CFA de plus et le Gasoil à 755 F CFA le litre, soit une hausse de 75 F CFA par litre.
Les prix de tous les autres produits pétroliers sont inchangés, y compris le gaz et l’essence utilisée pour les pirogues, précise le même communiqué. Il explique que cet ajustement ramène simplement les prix des carburants à leur niveau d’avant la baisse décidée par le Gouvernement le 6 décembre 2025. Ce, en raison des conséquences du conflit au Moyen-Orient qui a induit une forte hausse des cours mondiaux du pétrole.
L’ajustement décidé est partiel et mesuré. Même avec ces nouveaux prix, chaque litre vendu à la pompe reste en dessous de son coût réel d’importation. En effet, le prix réel du supercarburant devrait être de 1019 F CFA et celui du gasoil de 1 044 FCFA ainsi l’Etat continue donc de subventionner chaque litre de carburant consommé au Sénégal,
En effet, la persistance du conflit au Moyen-Orient fait peser une menace supplémentaire sur des finances publiques sénégalaises déjà fortement contraintes. Tant que les tensions géopolitiques entretiennent des prix élevés du pétrole, le maintien des prix intérieurs de l’énergie à des niveaux déconnectés des cours internationaux risque d’entraîner une forte augmentation des subventions publiques.
Le gouvernement a pendant longtemps et jusqu’à maintenant fait face à un arbitrage très difficile et sensible : continuer à protéger le pouvoir d’achat par des subventions généralisées ou engager progressivement l’ajustement des prix de l’énergie. Repousser cette décision ou la trancher partiellement ne suppriment cependant pas son coût. Cela le transfère simplement et directement vers le budget de l’État.
Or les données d’exécution budgétaire du premier trimestre 2026 illustrent l’étroitesse des marges de manœuvre. En fin mars, les recettes du budget général se situaient autour de 1 150 milliards de FCFA, tandis que les dépenses atteignaient 1 482,7 milliards. Le déficit budgétaire provisoire ressortait ainsi à environ 343 milliards de FCFA. La mobilisation des recettes résiste relativement bien, mais elle doit faire face simultanément au poids du service de la dette, aux dépenses courantes et aux besoins considérables d’investissement. Dans ces conditions, une nouvelle dérive de plusieurs centaines de milliards des subventions énergétiques compliquerait davantage le redressement budgétaire.
Le 8 août 2026, le baril de Brent se situe autour de 88 dollars, soit près de 24 dollars de plus et environ 38 % au-dessus de l’hypothèse retenue lors de l’élaboration du budget. Le ministre des Finances avait d’ailleurs indiqué qu’avec un pétrole à 85 dollars le baril, les subventions énergétiques pourraient atteindre 774 milliards de FCFA en 2026, contre 250 milliards initialement prévus. Cela représente un surcoût potentiel de 524 milliards de FCFA. La persistance du conflit au Moyen-Orient risque donc de maintenir durablement le prix du pétrole à un niveau très supérieur à celui sur lequel repose le cadrage budgétaire 2026.
Le risque serait encore plus important en cas d’aggravation de la crise car selon le scénario présenté par le ministère, avec un baril à 115 dollars, la facture pourrait atteindre 1 396 milliards de FCFA.
Ces chiffres donnent la mesure de la vulnérabilité budgétaire du Sénégal au choc pétrolier actuel. Si le baril se maintient durablement autour de son niveau actuel, l’enveloppe budgétaire initiale de 250 milliards de FCFA pourrait devenir largement insuffisante.
Ainsi, le statu quo devient de plus en plus coûteux : Maintenir les prix de l’électricité et des carburants inchangés peut apparaître socialement souhaitable à court terme. Mais lorsque les cours internationaux augmentent, quelqu’un doit nécessairement supporter la différence et c’est soit le consommateur, soit le budget de l’État. La subvention ne fait donc pas disparaître la hausse du prix international mais elle la transforme en dépense publique.
Or le Sénégal doit déjà réduire un déficit budgétaire très supérieur à la norme communautaire de 3 % du PIB, tout en faisant face à un niveau d’endettement particulièrement élevé. Chaque franc supplémentaire consacré aux subventions énergétiques réduit les ressources disponibles pour les infrastructures, l’éducation, la santé et les investissements productifs.
Plus le pétrole restera cher, plus le coût du maintien des prix actuels augmentera et plus les arbitrages budgétaires deviendront difficiles.
Aussi la solution n’est évidemment pas de répercuter brutalement l’intégralité de la hausse des prix internationaux sur les ménages. Une telle politique aurait des conséquences sur le pouvoir d’achat et l’inflation. Mais entre ces deux options c’est à dire le gel total des prix et leur libéralisation brutale existe une troisième voie : un ajustement progressif accompagné de mesures sociales ciblées.
Cette politique serait plus équitable et moins coûteuse qu’une subvention généralisée dont bénéficient indistinctement ménages modestes, ménages aisés et gros consommateurs. C’est semble-t-il vers cette voie que nous oriente la nouvelle politique du gouvernement.
La difficulté est aussi politique avec l’ère des grandes manipulations, de la désinformation et de l’absence de la fibre patriotique chez certains politiciens. Toute hausse des prix de l’énergie est de fait impopulaire et que la tentation est donc forte de différer les ajustements. C’est ce que nous avons subi depuis le deuxième trimestre de 2025.
Mais la persistance du conflit au Moyen-Orient change la nature du problème. Si les tensions géopolitiques et les prix élevés du pétrole se prolongent, ce qui pouvait apparaître comme une mesure temporaire de protection du pouvoir d’achat risque de devenir une charge budgétaire difficilement soutenable.
Dans un contexte où le Sénégal doit restaurer ses équilibres budgétaires et la confiance de ses partenaires financiers, laisser dériver les subventions énergétiques serait contradictoire avec l’objectif de consolidation des finances publiques.
Le choix n’est donc plus simplement entre augmenter ou ne pas augmenter les prix de l’énergie. Il faut le replacer entre organiser progressivement l’ajustement aujourd’hui ou risquer de devoir subir demain un ajustement beaucoup plus brutal.
Avec une facture susceptible d’atteindre 774 milliards de FCFA pour un baril à 85 dollars, et jusqu’à 1 396 milliards à 115 dollars, le statu quo devient particulièrement risqué.
Plus le conflit au Moyen-Orient se prolonge, plus le coût budgétaire de l’inaction augmente. Le Sénégal gagnerait donc à engager dès maintenant un ajustement progressif des prix de l’énergie, tout en protégeant directement les ménages les plus vulnérables
Il s’agit là de la nouvelle orientation budgétaire mis en place depuis l’avènement du gouvernement du Premier ministre Al Amine LO et qui est entrain de stabiliser la trajectoire économique devenue moins fantaisiste, moins populiste donc plus réaliste et réalisable.
Elle devra cependant être accompagnée par une bonne campagne de communication institutionnelle et partagée avec tous les acteurs économiques notamment les associations de consommateurs, le secteur privé national, les syndicats, le patronat, les PTF mais aussi dans les CRD et CDD.
Abdoulaye SECK
Spécialiste en Finance, gestion de portefeuille et gestion des risque
Ancien conseiller du PR Abdoulaye WADE






















































































