Dakar — La première réunion du Comité national de pilotage du Projet d’Appui au Renforcement du Leadership et de l’Inclusion sociale des Femmes et des Filles (PAREL/F) n’était pas un simple rendez-vous technique. Elle a servi de cadre à la première prise de parole publique de poids de Michele Tommasi depuis son installation à Dakar, et à une nouvelle démonstration de la profondeur d’un partenariat italo-sénégalais qui, loin de se construire dans l’improvisation, s’appuie sur six décennies de continuité diplomatique.
Un attelage institutionnel au service des femmes et des filles
Les travaux, ouverts par le Directeur de Cabinet du ministère sénégalais de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Amadou Diaw, et par le Directeur du siège régional de l’Agence italienne pour la coopération au développement (AICS) à Dakar, Giovanni Grandi, ont permis d’installer la gouvernance du PAREL/F, d’approuver son plan de travail et d’en fixer les orientations stratégiques pour sa première phase. Le projet, financé à hauteur de 3,2 milliards de FCFA sur trois ans, s’inscrit dans la continuité du Programme d’appui à la Stratégie nationale d’équité et d’égalité de genre (PASNEEG), dont l’un des acquis les plus concrets — la ligne d’écoute « Wallu Allo 116 » destinée aux victimes de violences basées sur le genre — a déjà enregistré plus de 12 800 appels depuis son lancement. Le PAREL/F vient donc consolider, plutôt qu’inventer, un chantier engagé de longue date entre Rome et Dakar sur l’autonomisation économique et sociale des femmes.
Un ambassadeur qui arrive en pays africain, pas en terre inconnue
Prenant ses fonctions le 6 juillet 2026 à Dakar, où il a succédé à Caterina Bertolini, Michele Tommasi n’est pas un néophyte du continent. Entré dans la carrière diplomatique italienne en 1996 après des études de droit à la LUISS de Rome, il a été Premier secrétaire commercial à Rabat dès 1999, avant des postes à Smyrne, à la Représentation permanente de l’Italie auprès des Nations unies à New York, puis à l’ambassade de Moscou. En 2022, il est nommé ambassadeur d’Italie à Khartoum, l’une des missions les plus exigeantes du continent africain, poste qu’il occupe jusqu’à sa nomination au Sénégal. Si Dakar constitue sa première affectation en Afrique de l’Ouest francophone, son parcours l’a donc déjà confronté aux réalités institutionnelles et sécuritaires africaines, du Maghreb à la Corne de l’Afrique — un bagage qui explique la tonalité de son discours d’arrivée, dans lequel il a inscrit sa mission dans l’héritage de Léopold Sédar Senghor et dans la continuité du dialogue entre cultures qui, selon lui, structure l’identité nationale sénégalaise.
C’est cette même grammaire diplomatique qu’il a reprise devant le Comité de pilotage du PAREL/F, en rappelant que le partenariat italo-sénégalais repose sur un dialogue d’égal à égal, nourri d’écoute et de confiance mutuelle, et sur des priorités définies conjointement plutôt qu’imposées — une méthode que l’AICS elle-même revendique comme rupture avec l’« approche paternaliste » ayant longtemps caractérisé la coopération au développement.
Une relation ancienne, structurée et aujourd’hui prioritaire
Le choix des mots n’est pas anodin : l’Italie a été l’un des tout premiers pays à ouvrir une ambassade à Dakar, dès 1961, au lendemain de l’indépendance sénégalaise. Depuis, la relation bilatérale s’est construite sur la durée, portée notamment par l’importante diaspora sénégalaise installée en Italie et par le rôle reconnu du Sénégal comme pôle de stabilité en Afrique de l’Ouest. Sur le plan de la coopération au développement, l’engagement italien remonte à plus de trente ans ; il s’est structuré avec la création d’une unité technique locale à Dakar en 2006, puis avec l’installation, en 2016, du siège régional de l’AICS, aujourd’hui compétent pour sept pays d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Cap-Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Mali, Mauritanie).
Cette continuité institutionnelle a pris un relief politique supplémentaire depuis janvier 2025, date à laquelle le Sénégal a été inscrit parmi les pays prioritaires du Plan Mattei, la stratégie du gouvernement italien pour l’Afrique. L’année 2025 a d’ailleurs été marquée par une séquence de visites ministérielles inhabituellement dense : celle du ministre de l’Agriculture Francesco Lollobrigida à Diamniadio début septembre, puis celle du vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, accompagné du ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi, le 29 octobre à Dakar — un format qui associe volet diplomatique, agricole et sécuritaire.
Au-delà du dossier PAREL/F, cette architecture de coopération irrigue déjà plusieurs secteurs concrets : l’agriculture, avec les programmes PAPSEN, PAIS, PAFISEM et PIESAN ; l’emploi des jeunes, avec le lancement en janvier 2026 du projet PRO-IMPACT, destiné à insérer 10 000 jeunes et femmes diplômés dans des entreprises locales sur trois ans, en lien avec le ministère sénégalais de l’Emploi et l’Organisation internationale du travail.
Une relation à consolider, pas à célébrer sans regard critique
Le défi, pour la nouvelle ambassade comme pour ses partenaires sénégalais, tiendra moins dans l’annonce de nouveaux projets que dans leur capacité à produire des résultats mesurables et visibles pour les populations concernées — la ligne d’écoute Wallu Allo 116 ou l’insertion professionnelle de milliers de jeunes constituant, à cet égard, des indicateurs plus parlants que les seuls montants engagés. C’est sur ce terrain, celui de la mise en œuvre plutôt que celui du symbole, que se jouera la solidité réelle d’un partenariat dont l’ancienneté n’est plus à démontrer, mais dont l’actualité — Plan Mattei, PAREL/F, PRO-IMPACT — impose désormais des résultats à la hauteur du discours.














