G-Laurentine Assiga , journaliste culturelle camerounaise , raconte son séjour cinématographique à Cannes et regrette l’absence de la presse de l’Afrique Centrale.
Bonjour G-Laurentine Assiga, merci de répondre aux questions d’Africa7 , pour le public sénégalais, qui est G-Laurentine Assiga ?
Bonjour et merci à Africa 7 pour cette opportunité. Pour le public sénégalais, je suis G-Laurentine Assiga. Je suis rédactrice en chef du magazine Nyanga, présidente du comité d’organisation de la Coupe du Monde de la Presse Culturelle, baptisée Grand Prix Francophilie des Médias. Je suis aussi la présidente fondatrice du Réseau des Journalistes Culturels du Cameroun, une association qui rassemble 120 professionnels issus de 70 médias. Par ailleurs, je suis la secrétaire générale adjointe de l’Union de la Presse Francophone pour le Cameroun. Je suis avant tout une passionnée de culture et de transmission.
Évoquons l’événement la Coupe du Monde de la Presse Culturelle, quel est le point sur les préparatifs?
Concernant la Coupe du monde de la presse culturelle, les préparatifs avancent très bien. Nous sommes dans une phase stratégique importante avec les confirmations des partenaires, les sélections des finalistes et l’organisation des différentes articulations de cette 6ᵉ édition. Les résultats des présélections seront disponibles demain 15 mai à 17h. Je salue d’ailleurs la Côte d’Ivoire qui a un palmarès respectable dans la compétition. La Côte d’Ivoire est par ailleurs un partenaire stratégique du projet. L’ambassade de Côte d’Ivoire au Cameroun a toujours été un pilier pour nous. Récemment à Douala lors de la 4e édition du Sinac (Salon International de l’audiovisuel du Cameroun) nous avons eu un échange avec le Commissaire du Sica et ses équipes. Un pont de collaboration est posé. Nous espérons avoir une grande délégation des professionnels de l’information culturelle de Côte d’Ivoire du 13 au 19 juillet prochain à Yaoundé. C’est une semaine entière consacrée aux problématiques de notre métier avec des conférences, des talks, des showcase exclusifs et un grand forum sur l’autonomie des medias culturels. Cette année est donc particulière parce qu’elle porte une vision encore plus internationale, avec la Francophonie au cœur du projet et l’architecture comme thème majeur. Nous voulons offrir une expérience intellectuelle, humaine et culturelle de très haut niveau.
Vous êtes présente à la 79e édition du prestigieux Festival de Cannes. Vous qui y allez depuis des années , quelle est la nouveauté pour l’édition 2026 et si vous devez la décrire en quelques mots pour nous?
Chaque édition du Festival de Cannes 2026 possède son âme. Mais cette année, je ressens un Cannes plus émotionnel, plus conscient aussi des bouleversements du monde. Il y a toujours le glamour, les robes, les flashes, les stars… mais derrière cela, j’ai vu beaucoup de discours sur la mémoire, la résistance culturelle, la place des femmes et les fractures du monde contemporain. Si je devais résumer cette édition en quelques mots, je dirais : élégance, émotion et engagement.

En parlant de la presse de façon générale, vous regrettez l’absence de celle de l’Afrique Centrale : selon vous quelle pourrait en être la raison ?
Oui, je regrette souvent l’absence visible de la presse d’Afrique centrale dans les grands rendez-vous internationaux. Les raisons sont multiples : difficultés financières, absence de véritables politiques de soutien aux médias culturels, mais aussi manque de considération accordée au journalisme culturel dans certains pays. Pourtant, nous avons des talents immenses. L’Afrique centrale a des voix fortes, des regards singuliers. Il faut maintenant créer les conditions pour qu’elles soient visibles sur les grandes scènes internationales.
Vous dites être l’une des 20 premières personnes à fouler le tapis rouge avec un pas assuré et un regard fier : dites-nous pourquoi ?
Quand je dis que j’étais parmi les premières à fouler le tapis rouge avec un pas assuré, c’est l’expression d’une joie professionnelle de savoir que cette fois encore je maintiens le lien unique entre le lectorat d’Afrique centrale et le festival. L’immersion est une philosophie de notre identité éditoriale chez Nyanga Magazine. Nous, nous privilégions deux genres rédactionnels : le reportage immersif et les interviews. Pour nous, il est essentiel de faire ressortir l’âme des professionnels, l’âme des personnes, dans notre travail. À Cannes, nous ne voulons pas faire un compte rendu plat. Ce festival mérite mieux que ça, ce comité d’organisation qui, chaque année, nous fait confiance, nous devons apporter une plus-value. Nous ne pouvons pas investir, venir jusqu’ici, et ne faire que du compte-rendu. Non, notre ADN, c’est d’être en immersion, d’être dans le reportage.
Quinze minutes avant le lancement de la cérémonie,vous étiez là pour observer les émotions , les retrouvailles , les échanges des hôtesses qu’avez-vous retenu pour nous ?
Quand on est en situation de reportage, il faut arriver avant, pour ne pas manquer les premiers frissons. Quinze minutes avant le lancement de la cérémonie, il y avait une énergie très particulière. Les hôtesses échangeaient des regards complices, certains invités se retrouvaient après plusieurs années, d’autres tentaient de masquer leur stress derrière des sourires. J’ai surtout retenu l’humanité derrière le prestige. Cannes reste un univers de rêve, mais avant tout un rassemblement d’êtres humains habités par le cinéma.
Vous étiez là pour représenter Nyanga Magazine et surtout toute l’Afrique Centrale selon vos propres mots : comment avez-vous hissé haut le drapeau de cette sous-région ?
J’étais effectivement là pour représenter Nyanga Magazine, Cameroon Tribune également, deux medias du groupe de presse public Sopecam. Tous N1 en Afrique centrale. Je l’ai fait à travers mon travail, ma présence, mes interviews, ma manière d’occuper l’espace avec dignité et professionnalisme. Chaque échange avec un attaché de presse, un réalisateur ou une personnalité était aussi une occasion de parler de mon pays, de notre sous- région, de leurs talents et de leurs médias culturels. Porter un drapeau ne se limite pas à un symbole physique ; cela se fait aussi dans l’attitude, le professionnalisme et dans l’excellence.
Résumez pour nous, une journée de travail de Laurentine au Festival de Cannes ?
Une journée de travail pour moi à Cannes commence très tôt. Il faut consulter les invitations, organiser les interviews, préparer les tapis rouges, assister aux projections, rédiger des articles parfois au milieu de la nuit, monter du contenu digital, répondre aux attachés de presse… C’est un marathon élégant. On dort peu, on court beaucoup, mais l’adrénaline du festival donne une énergie incroyable.

Quel est votre coup de cœur ou coup de gueule pour cette édition 2026 ?
Mes coups de cœur cette année vont à l’élégance artistique de certaines cérémonies et à la forte présence des femmes dans les discours et les prises de décision. J’ai aussi apprécié des films qui osent encore parler d’humanité avec subtilité. Mon coup de gueule, en revanche, va à l’endroit de ceux qui pensent que venir à Cannes c’est venir faire farniente, venir en vacances au lieu de saisir l’opportunité qu’offre cet événement iconique d’apporter leur identité dans le narratif universel.
Qu’est-ce le Festival de Cannes a apporté à Nyanga Magazine au niveau de son positionnement dans le milieu de presse camerounaise ?
Le Festival de Cannes a énormément apporté à Nyanga Magazine en matière de crédibilité et de positionnement. Nous sommes un magazine premium dont le contenu est axé sur le people, la culture et le lifestyle. Le festival a renforcé notre identité. Aujourd’hui, lorsque nous prenons la parole, nous sommes identifiés comme un média capable de couvrir les plus grands événements internationaux avec professionnalisme et sensibilité éditoriale. Cannes a renforcé notre réseau, notre visibilité et surtout notre ambition : celle de faire entendre depuis l’Afrique centrale une voix médiatique culturelle forte, exigeante, créative et influente.
Alain MARTIAL












