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La Somalie reproduit ses crises

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La scène politique à la croisée des chemins

Dans un discours officiel prononcé le 10 mai, le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a évoqué la situation générale du pays, les élections directes organisées selon le système « une personne, une voix », lancées dimanche matin dans les régions de l’État du Sud-Ouest de la Somalie, ainsi que la situation dans la ville de Mogadiscio.

Il a salué « les institutions sécuritaires qui œuvrent jour et nuit pour protéger ce processus fondé sur la liberté et la démocratie, garantir sa sécurité et empêcher toute entrave », tout en rendant hommage au peuple somalien.

Il a également évoqué la situation « dans la ville de Mogadiscio et les manifestations », s’interrogeant sur les raisons de l’organisation de ces protestations à ce moment précis, alors que certaines régions du pays connaissent des élections directes et que cela coïncide avec l’appel du gouvernement fédéral à une réunion préparatoire au dialogue et aux consultations.

Des médias somaliens avaient auparavant fait état d’une vive montée des tensions sécuritaires et politiques dans la capitale somalienne, où la ville s’est transformée, dans la nuit, en une véritable caserne militaire à quelques heures de grandes manifestations appelées par l’opposition.

Alors qu’approche une échéance historique décisive — le mandat de quatre ans du président Hassan Sheikh Mohamud prenant fin le 15 mai — et en l’absence de tout calendrier clair pour les prochaines élections, l’opposition, conduite par le « Conseil pour l’avenir de la Somalie » dirigé par l’ancien président Sharif Sheikh Ahmed, accuse l’administration actuelle de vouloir s’accrocher au pouvoir, manipuler le processus démocratique et réinstaurer une forme de dictature.

Craintes d’un vide constitutionnel

Entre-temps, les forces de l’opposition somalienne avaient annoncé il y a quelques jours des mesures pour l’après-15 mai, mettant en garde contre l’entrée du pays dans un « vide constitutionnel » susceptible d’aggraver la crise politique.

L’opposition a accusé le gouvernement, quelques jours plus tôt, d’avoir commis de « graves violations », notamment — selon ses termes — des déplacements forcés, des saisies de biens publics, la répression de la jeunesse et l’utilisation des appareils de l’État en dehors des cadres constitutionnels, estimant que le pays traversait une phase « d’incertitude politique ».

Dans son communiqué, elle a réaffirmé son rejet de « toute prolongation du mandat présidentiel en dehors du cadre constitutionnel », ainsi que son opposition à des élections « non consensuelles ou dépourvues de transparence », appelant au respect de la voie constitutionnelle dans la gestion de la phase de transition.

Elle a ajouté que « après le 15 mai 2026, nous considérerons le président comme un simple citoyen », indiquant qu’elle conduirait — en coopération avec des forces politiques et sociales — un mouvement pacifique comprenant une mobilisation populaire et des consultations nationales afin d’éviter un vide constitutionnel et de parvenir à une autorité légitime reflétant la volonté du peuple.

L’opposition a insisté sur la nécessité d’accélérer l’organisation des élections des administrations régionales conformément à la Constitution provisoire, critiquant ce qu’elle a qualifié de violations comprenant la démolition de maisons et des arrestations « illégales » visant des jeunes, et exigeant la libération immédiate de plusieurs détenus.

Elle a également indiqué avoir mené des consultations avec des acteurs internationaux, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Union européenne, la Turquie et les Nations unies, dans le cadre de discussions sur les moyens de soutenir une solution politique globale à la crise actuelle.

Politisation des forces de sécurité

Alors que l’opposition met en garde contre la « politisation » des appareils sécuritaires, affirmant que les forces armées constituent une institution nationale devant rester à l’écart des conflits politiques, des rapports somaliens ont diffusé des images et des vidéos largement relayées en ligne montrant un important déploiement de véhicules blindés et de chars de type M48/M60 Patton, offerts par la Turquie, bloquant les routes principales et les quartiers stratégiques afin d’entraver les mouvements de l’opposition.

Des témoins ont fait état d’un renforcement de la présence militaire aux principaux points de contrôle et sur les routes menant aux résidences des dirigeants de l’opposition, tandis que des critiques estiment que les équipements initialement fournis pour lutter contre le mouvement terroriste Al-Shabaab sont désormais utilisés comme instruments de contrôle politique interne et de répression des opposants.

Mécontentement populaire dans un climat de tensions

Dans le contexte de forte crispation qui marque la scène politique somalienne, les griefs populaires se multiplient contre les expulsions forcées et les saisies de terres dans des zones telles que Daynile, récemment théâtre d’affrontements meurtriers.

Des habitants de la capitale somalienne ont manifesté dimanche 10 mai contre des opérations d’évacuation qu’ils affirment avoir été menées après que les autorités ont vendu des terrains leur appartenant légalement, selon l’agence Reuters.

Les manifestants ont scandé des slogans et brandi des documents qu’ils présentent comme des preuves de propriété de leurs maisons, accusant le gouvernement d’expulser de force des familles de leurs habitations.

Ahmed Mahmoud Jisud déclare : « Depuis l’arrivée au pouvoir du président actuel Hassan Sheikh Mohamud, la question des terres publiques est devenue l’un des dossiers les plus controversés, compte tenu de ses dimensions économiques, politiques et sociales. La manière dont le gouvernement gère ce dossier reflète également une certaine ambiguïté, que ce soit dans l’administration des terres ou dans les mécanismes d’expulsion ou de vente lorsqu’elle est jugée nécessaire. Cette situation soulève de nombreuses interrogations quant au degré de transparence et de responsabilité, d’autant plus que ces terres sont censées appartenir à l’État et être destinées à la réalisation de projets et de services publics. »

Dans un article, il ajoute que les terres de l’État à Mogadiscio sont devenues « un instrument politique utilisé pour bâtir un réseau de loyautés tribales entre les hommes d’affaires et la classe dirigeante, au lieu d’être investies dans le développement public ».

De son côté, le journaliste somalien Hassan Mahmoud affirme : « En vertu du droit international, la campagne de répression menée par la police somalienne contre les personnes qui dénoncent publiquement les expulsions forcées est illégale. Le gouvernement a provoqué le déplacement d’un million de personnes hors de leurs foyers, tandis que ceux qui protestent ou critiquent ces mesures sont arrêtés et détenus pour des périodes indéterminées. »

Expansion et propagation de la corruption

Des observateurs attribuent cette situation à la propagation de la corruption au sein du gouvernement somalien, d’autant que, ces dernières années, la Somalie est régulièrement classée par Transparency International comme le pays le plus corrompu du monde.

Le militant somalien Yassin Said affirme que la Somalie vit « au rythme de défis multiples, parmi lesquels la lutte contre les effets de la corruption qui gangrène les rouages de l’État, dont l’histoire récente est marquée par la tragédie persistante de la corruption au sein des institutions gouvernementales, la lutte contre la corruption ayant toujours été reléguée au second plan derrière la guerre contre le terrorisme ».

Il ajoute que « les enquêtes du vérificateur et contrôleur général ont révélé d’énormes pertes financières dues à la corruption au cours des cinq dernières années. Bien que le peuple ait accueilli favorablement cette démarche, il est impossible d’éradiquer la corruption en se concentrant uniquement sur les échelons inférieurs de l’administration. La corruption est multiforme, et la lutte doit commencer au sommet, auprès des têtes de l’appareil du pouvoir et des personnalités influentes. »

Il souligne également que « les efforts actuellement déployés pour éradiquer la corruption en Somalie se heurtent à de nombreux obstacles, à commencer par la création d’organismes de lutte contre la corruption et la garantie de l’indépendance des tribunaux. Le gouvernement doit prouver sa capacité à combattre la corruption par des mesures efficaces et globales touchant tous les niveaux et toutes les institutions de l’État. »

L’administration du président Hassan a récemment fait face à des accusations croissantes émanant d’opposants et de responsables politiques somaliens l’accusant de pratiquer le favoritisme et d’étendre l’influence du cercle rapproché de la présidence au sein des institutions de l’État, notamment à travers la nomination de membres de sa famille et de proches à des postes gouvernementaux et consultatifs sensibles.

Ces accusations ont été relayées dans des rapports et analyses de médias somaliens et internationaux, notamment des articles évoquant la controverse suscitée par la nomination de sa fille, Jehan, à une fonction politique, ainsi que les accusations d’exclusion politique et de concentration de l’influence au sein d’un réseau lié au clan et aux proches du président.

Des avertissements ont également été formulés quant au fait que ces politiques pourraient approfondir les divisions politiques et claniques et affecter le processus de construction des institutions de l’État somalien, selon des rapports et analyses publiés par Raseef22 ainsi que des débats et rapports relayés par des plateformes médiatiques somaliennes et des opposants dans les médias locaux.

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